Sic transit gloria mundi (ainsi passe la gloire du monde)


Un article paru sur Lemonde.fr (extrait du blog de Matthieu Auzanneau), faisant référence à la revue Nature, explique que nous sommes probablement en train de dépasser le point de non retour : nous ne pourrons pas réduire suffisamment nos émissions de gaz à effet de serre pour éviter de dépasser 2° degrés de réchauffement atmosphérique à la fin du siècle.

La question écologique est une vraie question philosophique, la question existentielle par excellence. Essai sur la raison de tout montre comment les singularités humaines (la conscience, la culture, le conflit psychique et social, le langage…) ne sont apparus que parce que l’humain a dû s’opposer au monde naturel pour évoluer (ESRTV partie B). L’exception humaine est la capacité à l’interprétation du réel et, de fait, au déni, dans la négociation avec l’autre du rejet de la responsabilité de la nécessaire destruction pour maintenir possible l’évolution.

Un des points les plus importants peut-être de l’étude ESRTV est la mise en défaut de la morale humaine et particulièrement la relativisation de la « bonne intention ». Il n’est notamment aucun geste de protection de l’environnement qui puisse jamais être efficace puisque, et selon une méthodologie sûre, il est toujours effectué par ceux qui ont suffisamment de moyens et de confort, nécessairement acquis par la destruction de ce même environnement, pour consacrer du temps et de l’énergie à se donner l’impression qu’ils peuvent réparer ce qu’ils ne savent pas ou ont oublié avoir irrémédiablement détruit eux-mêmes.

Tant que l’humanité pourra, à l’intérieur d’elle-même, organiser la division et le rejet de la responsabilité (c’est toujours la faute d’un autre, n’est-ce pas ?), elle avancera vers sa fin. Si jamais mon travail peut apporter quoi que ce soit à la réflexion sur la problématique écologique, c’est au moins que tout humain, quel qu’il soit, même enfant, même très pauvre, consomme et désire consommer plus que ce que son environnement peut assumer à terme. C’est sa nature. Je ne crois pas qu’il soit possible de faire admettre universellement cette vérité, tant les défenses mises en œuvre sont puissantes, en tout cas pas sans accompagner cette révélation de l’admission que la fin est obligée. S’il n’est pas de solution, il est en tout cas un moyen de parvenir à la réconciliation avec l’autre et soi-même. Le cheminement n’est sans doute pas aisé, mais l’honnêteté serait d’admettre que si nous ne les appelons plus de cette façon nous avons toujours des esclaves, de reconnaître que protéger l’environnement accélère paradoxalement sa destruction car notre petite action « positive » nous permet de continuer les autres toujours néfastes. Nous aurons réellement progressé lorsque nous serons capables de stopper notre « greenwashing » psychique et que nous aurons accepté que la vertu que nous nous attribuons n’est toujours qu’une illusion.

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