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Finance, crédit, dette, dérégulation… et nature humaine

John Kenneth Galbraith

 

Les différents articles de ce site et l’Essai Sur la Raison de Tout travaillent à réinsérer les problématiques existentielles humaines dans un processus évolutif global, universel.

Il est proposé dans l’ESRTV de considérer que ce que nous appelons aujourd’hui dérégulation de la finance ne serait que le paroxysme évolutif de la dérégulation de l’adaptation de l’humanité, qui a cours depuis son apparition de façon plus ou moins marquée en fonction des circonstances écologiques et historiques.

Si tous les êtres vivants jusqu’à l’humain ont vu leurs potentialités de développement tempérées par la compétition avec d’autres espèces, l’humanité est celle qui, par sélection évolutive, a été dotée de la capacité à acquérir des avantages en s’affranchissant de cette régulation. Nous sommes capables de détourner à notre profit des ressources autrement utilisées pour la vie dans son ensemble  (ESRTV chapitre 4). Nous avons vu que ce détournement des ressources au détriment de la vie mettait en péril l’humanité même, puisqu’elle dépend strictement de cette vie dont elle est issue. Il nous est en outre depuis toujours impossible de rendre à la nature ce que nous lui prenons puisque ces ressources, transformées selon nos exigences, ne sont plus compatibles avec les besoins du vivant.

Nous empruntons à notre environnement la possibilité de nous développer, mais nous ne pourrons jamais rembourser notre dette.

Si cette spoliation délétère nous est devenue possible, c’est parce que nous avons développé progressivement des capacités psychiques et cognitives qui nous ont permis de dénier concrètement et mentalement que le progrès humain correspondait aussi à sa propre destruction à terme (voir cet article sur l’espoir et ESRTV chapitres 5 et 11).

 

Dès lors que nous avons emprunté à la vie notre premier avantage sur elle, nous avons – involontairement et inconsciemment – commencé à spéculer sur sa capacité à supporter la pression que nous lui imposions.

 

Les capacités nouvelles que nous avons acquises nous ont permis d’élaborer au fil du temps des moyens, des techniques (monnaie, crédit, usure, ordinateurs…) et des institutions (publiques, privées, secrètes : banques, bourses, agences de notation, hedge funds, paradis fiscaux, diverses formes de gouvernement en particulier démocratique…) chargées de complexifier et camoufler le lien entre le bénéfice et son origine par exploitation et destruction, tout en nous déchargeant au mieux de notre responsabilité. Sans élaboration de ces systèmes de dissimulation de notre stricte dépendance à l’équilibre de la vie, rien de ce que nous sommes aujourd’hui n’aurait été possible, aucun de ces avantages, que la très grande majorité d’entre nous a désirés, n’aurait pu être obtenu.

Alors accuser exclusivement les techniques, les institutions ou quelques acteurs plus visibles que d’autres est oublier (nier ?) qu’il n’est pas possible d’obtenir de bénéfice adaptatif sans fantasmer sur les capacités de l’environnement à nous les procurer éternellement. Nous avons tous profité des bienfaits de ce fantasme, et nous le faisons encore. Nous préférons tous les plus bas prix et la meilleure qualité pour l’alimentation et les biens de consommation courante, nous sommes tous pour le progrès des services de santé et de notre sécurité. Nous sommes descendus dans la rue, nous avons formé des syndicats, fait grève et rédigé des manifestes, parfois eu des rêves de révolution. Et nos désirs étaient portés par des revendications que la morale commune légitimait, l’avancée vers le confort et la sécurité pour le plus grand nombre étant des objectifs éminemment louables. Mais à chaque fois que nous avons considéré un produit trop cher, nos salaires trop bas ou les soins trop peu accessibles aux moins riches d’entre nous, sans nous préoccuper de ce qu’il fallait exercer comme pression sur l’environnement naturel et humain pour améliorer l’accessibilité à ces avantages, nous avons donné blanc-seing à un politique, un trader, une banque ou un lobby afin qu’il mette en place les moyens du déni de la dépendance de ces avantages aux ressources environnementales limitées.

 

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Des produits moins chers et accessibles au plus grand nombre impliquent une plus forte pression sur l’environnement naturel et humain

 

Les cours des produits de l’agriculture suivent désormais ceux des actions du CAC 40 (consulter ce blog par exemple). Cela devrait nous étonner si nous n’avions pas toujours spéculé (et parfois prié) sur la stabilité saisonnière des conditions climatiques, indispensables à notre alimentation et à notre développement. Alors que l’humanité, grâce à l’accélération circonstancielle de ses progrès techniques, a cru pouvoir un temps s’affranchir des aléas de la nature et spéculer sur d’autres valeurs que celles directement issues des produits de la Terre (les valeurs technologiques par exemple), les limites des capacités de notre environnement à assurer notre évolution à terme se font désormais manifestes. Aujourd’hui que la stabilité alimentaire n’est plus certaine pour demain, nous sommes contraints de relancer jusqu’à la gabegie les paris que nous avons toujours été contraints de tenir afin de maintenir l’espoir malgré tout.

Il est dans notre nature d’exploiter le monde, nous ne savons pas faire autre chose afin d’affirmer notre humanité. Mais nous faisons en sorte de ne pas le voir ou d’accabler un autre, car cela nous savons intuitivement que cela nous sera fatal. Peu importe la manière de faire, peu importe le nom des institutions, la valeur des billets, les théories économiques et les discours, nous spéculons depuis toujours et, comme l’indique d’ailleurs la définition du mot, cette spéculation nous a parfaitement illusionnés (voir Larousse : “Construction abstraite, commentaire arbitraire et invérifiable”).

Nous ne pouvons pas toutefois aujourd’hui nous offusquer sans malhonnêteté, opportunément et pour nous décharger de notre responsabilité, de ce que nous avons participé à mettre en place lorsque tout semblait aller bien. Il tient de la plus grande hypocrisie de déclarer découvrir, forcément trop tard, ce que nous n’avons pas cherché à savoir jusqu’à aujourd’hui.

Ce monde, moins beau désormais et qui déçoit nos fantasmes, nous l’avons fait tous ensemble.

 

MAJ du 20 avril 2013, article Slate.fr : Peut-on faire sans les paradis fiscaux ?

 

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