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Ethique et vertu de la vérité – Que pouvons-nous faire ?

 

Aucun argumentaire rationnel ne permet d’affirmer que l’humanité puisse se développer à l’infini dans un environnement fini. En outre, les ressources dont tout humain dépend strictement sont en passe d’être consommées dans leur totalité.

Alors, que devons-nous, que pouvons-nous faire ?

 
 

Ethique essai raison tout

 

Il me sera certainement reproché, et je le comprendrais, de prétendre pouvoir parler de la vérité. Mais je ne le fais pas sans prudence, rigueur, ni sans soumettre mon travail à la contradiction.

Lorsque j’ai commencé à écrire, je n’avais pas idée du résultat que j’allais obtenir. J’ai suivi les indications de mes sens, de mon expérience, pour poser sur le papier ce qui allait devenir “un modèle de compréhension du réel structuré autour d’une chaîne argumentaire prétendue sans rupture, qui tente de définir précisément et simplement les lois régissant les relations existentielles entre tous les objets.” Voir cet article.

Si j’ai été autrefois naïf et enthousiaste, si j’ai pu croire qu’il était possible de changer un monde que je pensais imparfait, quantité de nuits blanches et d’abîmes réflexifs, tempérés progressivement par un minutieux travail de remontage, élément par élément, d’un plan cohérent pour comprendre la totalité du monde ont apaisé mes excès et montré l’indifférence du réel à mes humeurs.

Les conclusions de l’Essai Sur la Raison de Tout (ESRTV) sont pessimistes. Et je crains que l’épreuve de la contradiction expérimentale, analytique, logique et simplement la réalité ne viennent les confirmer. La lecture d’ESRTV et des articles de ce site laisseront certains désabusés, mélancoliques peut-être. Mais il n’y a là aucun drame.

Les bénéfices sont nombreux à regarder la vérité en face.

C’est d’abord le chemin vers une complète réconciliation. Sans nous défaire de ce que nous sommes chacun, nous pouvons retrouver notre filiation définissante. Non plus celle à quelque Dieu miséricordieux, à quelque mouvement politique ou idéologique éphémère et prétentieux, non plus seulement une filiation à une phylogenèse enjolivée ou à un rationalisme par trop sceptique, incapable de se dépasser lui-même.

Le lecteur accédera par ce texte, s’il le peut, s’il le souhaite, à la réinscription de son être physique et spirituel à l’ensemble de tout ce qui peut être, quelle que soit sa nature. Ni barrières, ni limites, hormis celles que notre singularité humaine façonne en nous. La “matrice” argumentaire d’ESRTV est valable à toutes les échelles, en tout temps, en tous lieux, pour tous les objets possibles. Les infinis sont réunis en un seul lieu et leur essence commune est retrouvée.

 

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Cette réconciliation a d’autres vertus pour apaiser l’aiguillon de l’incertitude.

Dépassant le conflit, lui offrant une justification évolutive et la raison de sa nécessité pour l’humain, ESRTV propose au lecteur de situer et cerner les limites du débat et de comprendre pourquoi celui-ci ne cherche jamais sa résolution.

Alors que le principe d’évolution (voir ESRTV § 1.3.11) impose des directives strictes, inviolables à l’existence et sans doute difficiles à gérer pour une humanité abandonnée par la vie dont elle est issue, laissée seule pour supporter ses paradoxes existentiels, l’esprit humain est justement capable de s’affranchir du réel afin de recréer des mondes intérieurs aux représentations plus amènes, plus flatteuses. Ces fictions reconstruites à partir de l’expérience ne sont pas fausses, elles sont la vérité de l’humain. Mais elles ne permettent pas l’accès à la vérité absolue.

La très grande rigueur méthodologique d’ESRTV permet, sans se perdre, sans se renier et au-delà du conflit et de l’imaginaire, d’accepter que l’humanité est une et que si elle ne peut pas spontanément tout comprendre du réel, tout ce qui existe obéit bien à un seul ensemble de lois physiques, universelles.

En acceptant par exemple que le connu et l’inconnu respectent les mêmes lois, la traditionnelle opposition entre rationalisme et foi est comprise, acceptée, justifiée. Chacun reproche à l’autre de ne préférer voir du monde que ce qui lui est arrangeant, pensant ne rien omettre lui-même. Mais c’est justement trouver un moyen de projeter sur l’autre nos propres failles qui est humain. L’opposition entre le scepticisme et la crédulité ne manifeste pas que l’une ou l’autre de ces options soit plus juste. Elle montre que l’opposition est la norme et qu’elle permet à chacun de gérer ses paradoxes existentiels, ses propres limites dans la capacité à accepter le monde comme un tout unifié.

Toute autre forme de conflit se trouve aussi dépassée. Devant les problématiques que nous ne parvenons pas à résoudre, ou pour lesquelles la solution remettrait en cause notre propre existence ou nos avantages, nous parvenons tous spontanément à désigner un coupable sur lequel nous nous déchargeons de nos peurs et nous défaussons de notre incompétence (une institution, un processus, un groupe d’humains, une entité métaphysique, parfois le diable…), et nous ne voyons pas d’autre moyen pour gérer ces problématiques que de lutter contre ce coupable désigné.

Ainsi en est-il du contexte contemporain de crise écologique, économique, financière, culturelle, politique (différents termes qui évoquent une même cause : nous avons atteint les limites des capacités de la Terre à accepter notre développement) : nous ne voulons pas être coupables, mais nous ne voulons rien modifier à nos comportements. C’est donc la faute d’un autre (Lire Le piège de l’existence).

Ce texte offre la possibilité aujourd’hui de répondre à quiconque accuse autrui de plus mal se comporter que lui : chacun est tout autant coupable, malgré ce qu’il peut penser et dénier de ses propres actions. Nous faisons tous partie d’un même système, qui obéit à un ensemble de lois inviolables. Ne serait-ce pas d’ailleurs s’offrir une position privilégiée, voire mégalomane (certains auraient sûrement quelque fantasme messianique inavoué), que de déclarer avoir compris le monde et de se positionner en-dehors de lui, cherchant à imposer à l’autre une vérité autoproclamée mais nécessairement partielle puisqu’elle ne comprend pas, ni même parfois tolère, l’existence de cet autre ?

Les discours moralisateurs existeront toujours, mais ils ne suffiront plus à nous absoudre de nos propres fautes, en tout cas pas rationnellement, pas en acceptant notre appartenance personnelle et commune à un seul et unique monde.

Ce travail ne prétend donc pas pouvoir changer les choses. Mais il explique au moins pourquoi elles ne changent pas, ce que les prophètes de la possibilité d’une sortie de la crise pour tous (ils pensent certainement pouvoir agrandir la Terre ou modifier les lois de la physique) ne font pas. Le modèle ESRTV décrit le monde tel qu’il a été, en n’oubliant aucune des turpitudes humaines et il le décrit tel qu’il est aujourd’hui. Aucun modèle proposant des solutions pour demain n’est compatible avec l’histoire et l’actualité du réel, ce qui est leur invalidation la plus sûre, ces modèles étant d’ailleurs incapables d’expliquer pourquoi ils n’ont pas pu être mis en œuvre jusqu’à présent (sauf à accuser un autre…).

Contre notre gré, nous devons assumer. Et si nos tempéraments s’attacheront demain à un cynisme salvateur, accepter ce que nous sommes nous protégera peut-être de notre hypocrisie. Ce mensonge que nous nous faisons sur la noble “humanité”, supérieure à la nature, si rassurant et si efficace à maintenir nos comportements d’hyper consommateurs est certainement plus nocive pour notre avenir qu’un réalisme sage et responsable.

Il vaut bien mieux ne pas toucher du tout à la nature que de vouloir la protéger, cette volonté nous renvoyant une trop belle et fausse image de nous-mêmes : la nature n’a jamais eu besoin de nous pour aller bien, et nos velléités protectrices servent à coup sûr à nous dissimuler des dégâts que nous ne voulons pas assumer. Poser, très scientifiquement, des balises sur le dos des animaux pour suivre leur migration les perturbe, gêne leur reproduction, comptabiliser les espèces menacées favorise le braconnage et le tourisme, accélérant leur disparition, tourner des reportages sur eux les achève.

La moindre action humaine détruit notre environnement et réduit l’espérance de vie de l’humanité dans son ensemble.

 

Que devons-nous faire ?

Que pouvons-nous faire ?

Rien.

 

Ou plutôt, comme nous ne pouvons pas ne rien faire du tout, ce qui reviendrait à nous ôter la vie, acceptons et assumons ce que nous sommes. Qui d’ailleurs se suiciderait seulement pour sauver un monde qu’il ne pourrait plus voir une fois parti ?

Ne changeons rien, comme c’est déjà le cas : malgré nos discours et l’impression que nous avons de “résister”, nous avançons toujours selon les simples termes du principe d’humanité (Voir ESRTV § 4.3.16 et en bas de page). Continuons donc à construire du lien à notre façon afin de gérer au mieux notre anxiété, poursuivons l’amélioration de notre condition, dont il n’est pas possible de nier objectivement qu’elle détruit notre environnement de façon irrémédiable, et nous-mêmes à terme. Conservons et protégeons nos passions, nos métiers, nos loisirs, nos lubies, puisque sans eux nous ne sommes rien d’humain. Rassurons-nous au sein des communautés qui nous font, entretenons nos croyances, prenons soin de notre âme.

C’est tout ce dont nous sommes capables. Ne nous mentons pas sur nos capacités à changer les choses et notre nature, ne nous prenons pas pour ce que nous ne pouvons être. Quoi que nous puissions “réinventer” – les nouveaux paradigmes que nous espérons, une autre ou même une nouvelle politique, un “trans-humain” pourquoi pas – tout cela sera toujours soumis aux lois de la physique. Parce que nous constatons qu’il n’en a jamais été autrement, acceptons définitivement que plus on lutte contre ce que l’on pense être mal afin de se rassurer ou se mettre en valeur, plus on lui donne de la valeur en retour, dans un très subtile jeu d’équilibration, selon la loi de la dichotomie à l’axe et grâce à la très grande plasticité des tissus communautaires humains. La dynamique évolutive du monde se trouve dans la continuation du conflit, non dans sa résolution, car il n’y a pas de raison que l’accusé courbe l’échine plus que l’accusateur, autoproclamé colporteur d’une opportune bonne parole qui n’est jamais vraie pour tous.

L’important reste sûrement de définir un but à notre existence et il ne peut être que de constituer le réseau de relations à la fois le plus riche, le plus solide possible et qui nous corresponde, afin que nous nous sentions tous moins seuls malgré nos différences et nos antagonismes. Ce simple objectif ne conviendra peut-être pas à notre mégalomanie, mais c’est le seul qui explique tout ce que nous sommes, autant notre orgueil que notre insatisfaction.

Quant à notre avenir, si nous sommes contraints de détruire notre monde, la meilleure écologie possible reste assurément d’apaiser notre culpabilité, qui nous précipite plus vite encore vers notre fin, par frénésie consumériste dissimulatrice. Nous ne sommes que les produits d’une évolution qui nous illusionne sur nos capacités à l’influencer, tout ce que nous faisons accélère notre perte, et nous n’y pouvons rien.

Si nous dédouaner pour ce que nous sommes n’est désormais plus envisageable, nous pouvons en revanche enfin nous confronter honnêtement à nos errances, nos contradictions, notre lâcheté commune… ceux qui ne le pourront pas continueront à s’illusionner de discours laudateurs sur eux-mêmes et optimistes sur ce qu’ils imaginent être l’humanité, mais incompatibles avec le réel, et la vérité.

 

“Je suis un homme infortuné,
qui voulant se garder
de la mort, l’a cherchée !
En la fuyant je l’ai trouvée
car il n’est pour la mort
aucun endroit secret ;
d’où l’on peut déduire, en toute évidence,
cette proposition : tel qui le plus fuit son effet,
est celui qui le plus en subit l’effet.”

 
Calderón de la Barca, Extrait de La vie est un songe, 1636
Traduction de Bernard Sesé, Flammarion, 1992

 

Note : malgré des arguments très affirmés et le désir d’en discuter les conclusions pour les enrichir ou les invalider, il n’est pas souhaité faire changer d’opinion ceux qui ne le souhaitent pas. Tout au plus est-il proposé au lecteur ouvert d’esprit un point de vue déconflicualisé et respectueux des différences, quelles qu’elles soient, l’honnêteté ne se trouvant pas selon moi dans la défiance mais dans la réconciliation, avec soi-même autant qu’avec son opposant.

 

ESRTV § 4.3.16 PRINCIPE D’HUMANITE :
Le principe d’humanité est la complexification du lien par reproduction et sélection des êtres humains les plus performants dans la transformation active de l’environnement pour le bénéfice humain ainsi que dans la capacité à rejeter les effets destructeurs de cette transformation.

 
 
 

3 Comments

  1. Sic transit gloria mundi : la fin du monde humain est certaine
    Sic transit gloria mundi : la fin du monde humain est certaine 11/04/2013

    […] Tant que l’humanité pourra, à l’intérieur d’elle-même, organiser la division et le rejet de la responsabilité (c’est toujours la faute d’un autre, n’est-ce pas ?), elle avancera vers sa fin. Si jamais mon travail peut apporter quoi que ce soit à la réflexion sur la problématique écologique, c’est au moins que tout humain, quel qu’il soit, même enfant, même très pauvre, consomme et désire consommer plus que ce que son environnement peut assumer à terme. C’est sa nature. Je ne crois pas qu’il soit possible de faire admettre universellement cette vérité, tant les défenses mises en œuvre sont puissantes, en tout cas pas sans accompagner cette révélation de l’admission que la fin est obligée. S’il n’est pas de solution, il est en tout cas un moyen de parvenir à la réconciliation avec l’autre et soi-même. Le cheminement n’est sans doute pas aisé, mais l’honnêteté serait d’admettre que si nous ne les appelons plus de cette façon nous avons toujours des esclaves, de reconnaître que protéger l’environnement accélère paradoxalement sa destruction car notre petite action “positive” nous permet de continuer les autres toujours néfastes. Nous aurons réellement progressé lorsque nous serons capables de stopper notre “greenwashing” psychique et que nous aurons accepté que la vertu que nous nous attribuons n’est toujours qu’une illusion (lire : Ethique et vertu de la vérité : que pouvons-nous faire ?). […]

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