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2030 : l’inévitable déclin

 

Mise à jour du 17 mars 2014 : une étude co-financée par la NASA confirme les mauvaises nouvelles

 

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Limits to Growth, The 30‑Year Update – Donella Meadows, Dennis Meadows, Jorgen Randers


 

« La clarté ne naît pas de ce qu’on imagine le clair, mais de ce qu’on prend conscience de l’obscur. » Carl Gustav Jung

 

En 1970 le Club de Rome, un groupe de réflexion composé de scientifiques, d’économistes, de fonctionnaires nationaux et internationaux (The Club of Rome), commandait au MIT (Massachusetts Institute of Technology) un rapport ayant pour objectif d’estimer des potentialités de développement de l’humanité sur Terre, en prenant en compte les facteurs limitants (la disponibilité des ressources, la démographie, la pollution, les rendements agricoles…). Le rapport The Limits To Growth (Les limites de la croissance), aussi appelé « rapport Meadows », publié en 1972 envisage une fin de l’humanité telle que nous la connaissons avant 2100 (lire : 1972 : le MIT envisage déjà la fin de notre humanité avant 2100, Jean-Marc Jancovici). Les révisions de 1993 et 2004 (basées sur la comparaison entre les prédictions et les observations dans le temps) sont venues confirmer ce pronostic, et même constater que le risque avait été sous-estimé1.

Bien que le rapport Meadows ait au départ proposé plusieurs scénarios pour l’avenir de l’humanité, prenant en compte notamment les choix politiques et économiques que pourraient opérer les nations, une « date » est apparue comme marquant une transition : les facteurs cumulés de la fin des ressources facilement extractibles (peak all), de l’augmentation de la pollution et des dégâts opérés sur l’environnement impliqueraient l’arrêt du développement humain avant qu’un déclin s’engage inévitablement.

D’aucuns rétorqueront que le pire n’est jamais sûr ou que l’évolution des systèmes complexes est difficile à anticiper. Mais, d’une part, l’imprédictibilité des phénomènes ne signifie en rien que ceux-ci ne soient pas strictement déterminés, potentiellement à notre désavantage (lire : Espoir et méthodologie : utilisation opportune mais erronée des concepts scientifiques) et il existe par ailleurs un faisceau convergeant de modèles fiables, d’analyses et de mesures (celles-ci chaque jour plus précises) qui attestent de ce déterminisme évolutif qui nous dépasse et sur lequel nous n’avons que l’illusion de pouvoir l’influencer :

 

Les principes physiques de la thermodynamique, qui impliquent de façon totalement vérifiable que la protection de l’environnement est impossible pour l’humain.

  • Premier principe : rien apparaît à partir de rien, tout ce qui est consommé dans un système fini l’épuise.
  • Deuxième principe : les phénomènes sont irréversibles, on ne peut pas réparer la nature et les dégâts s’accumulent strictement.

 

Lire à propos de la thermodynamique : L’écologie est-elle possible ?

 

Le rapport Meadows évoqué ci-dessus, rédigé en respectant la méthodologie scientifique par les chercheurs les plus compétents.

Les conclusions de l’écrasante majorité des études scientifiques, concernant notamment le réchauffement climatique.

Essai Sur la Raison de Tout et les descriptions de ses concepts sur le site L’Univers passe, qui proposent une théorie écologique de l’esprit et de l’humanité explorant un champ nouveau de la réflexion existentielle :

Pourquoi et comment parvenons-nous à composer à partir de la réalité tangible des chaînes de causalité artificielles et fausses (des croyances), qui se substituent à notre perception du réel et à partir desquelles nous opérons imprudemment notre adaptation (lire : Le piège de l’existence) ?

 

Le modèle Essai Sur la Raison de Tout explique notamment pourquoi le politique ne peut rien contre l’avancée de l’humanité vers sa fin, pourquoi aucune transition énergétique n’est possible, également pourquoi les initiatives, pourtant louables, de modification personnelle de mode de vie sont vaines et explique enfin que la « prise de conscience » a des effets exactement contre productifs (nous constatons que toutes nos initiatives restent toujours locales, éphémères, non généralisables, il faut bien comprendre pourquoi !).

 

Les observations : nous sommes déjà en crise systémique mondiale (économique, financière, sociale, écologique…).

Le bon sens : lorsque les réserves sont vides, les réserves sont vides.

Le point sur la disponibilité des ressources

 

Afin de pouvoir nier encore, mais cette fois rationnellement, le déclin à venir, il faudra contredire rigoureusement l’ensemble des modèles et arguments évoqués ici, et en premier lieu les principes thermodynamiques dont découlent naturellement à la fois la réalité et la vérité (lire aussi : François Roddier, par-delà l’effet de la Reine Rouge).

Peu importe la précision de la date, il faut retenir que le processus est déjà engagé et que l’issue est sûre : alors que certains d’entre nous commencent déjà à perdre de leurs avantages (salaires, retraites, accès aux soins…), demain même les plus riches ne pourront maintenir leur niveau de confort et de sécurité, et l’humanité tout entière entrera pour la première et peut-être dernière fois en déclin global.

Il y aura de la souffrance, il y aura des morts, malheureusement cela ne fait aucun doute. Si nous savons désormais pourquoi, deux questionnements restent malgré tout en suspens :

 

– Comment ?

  • Comment exactement allons-nous ne pas parvenir à éviter l’écueil ?
  • Comment allons-nous aborder non plus seulement notre mort individuelle, mais une mort collective, à grande échelle ?
  • Si les systèmes politiques actuels, déjà remis en cause, ne sont plus pertinents demain, lesquels les remplaceront ? Comment défendre la liberté et la démocratie quand le champ des possibles, c’est-à-dire l’opportunité même du choix, se réduit pour tous ?
  • Comment éviterons-nous ou gérerons-nous la relocalisation des conflits, quand la peur et la faim nous rendront avides des biens de notre voisin, pourtant un ami autrefois ?

 

– Qui ?

  • Qui aura encore les moyens de pallier la souffrance inhérente à la perte de son confort, à la dégradation de sa santé, à la réduction de sa sécurité ?
  • A plus long terme, si le déclin de l’humanité ne s’accompagne pas d’un vortex d’effondrement écologique entraînant sa disparition totale, quels seront ceux qui nous succéderont ?

 

Les seules discussions honnêtes que nous pourrons avoir désormais porteront sur ces questions. Les stériles débats sur la protection de l’environnement, le développement durable ou la transition énergétique ne relèveront plus que de la mauvaise foi, même si, il faut le reconnaître, ceux-ci dureront aussi longtemps qu’ils nous autoriseront à nous décharger de nos propres fautes sur un autre, tout en nous permettant de ne toucher à aucun de nos avantages (par exemple réduire volontairement nos revenus, qui proviennent inévitablement de l’exploitation destructrice de l’environnement).

 

Notre monde se meurt d’une promesse non tenue, celle que nous nous sommes faite parce que nous avons eu la vanité de croire que nous pouvions nous substituer à nos dieux et aux principes de l’évolution pour gouverner nos vies. Comme le laisse deviner Walter Benjamin, peut-être même attendons-nous et précipitons-nous notre fin parce que nous la fantasmons comme une extase libératrice ?

 

« L’humanité est devenue assez étrangère à elle-même pour réussir à vivre sa propre destruction comme une jouissance esthétique de premier ordre. » Walter Benjamin

 

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Pour aller plus loin :

Ethique et vertu de la vérité – Que pouvons-nous faire ?

Pour télécharger l’article au format PDF (4 pages)

Visiter également le site de l’association Adrastia

 

Note :


1 – It Is Too Late for Sustainable Development – Dennis Meadows (Perspectives on Limits to Growth : Challenges to Building a Sustainable Planet, 1 March 2012)

« My formal remarks will have three goals: explain the essential and still unique contribution of our 1972 report to the Club of Rome, describe how my own understanding about the interaction of limits with physical growth on the planet has changed over the past 40 years, and justify my proposal that humanity’s focus should now be more on resilience than on sustainability. It is far too late to achieve sustainable development, as that term is commonly understood. A precipitous decline in resource and energy use is coming in the next decades, and the most important goal now is to adopt policies that will reduce its negative impacts on the values that are most important to us. »

 
 
 

6 Comments

  1. Bof
    Bof 15/08/2014

    Le destin de l’humanité appartient aux scientifiques (ceux qui oeuvrent pour le bien). C’est à dire que lorsqu’on va cumuler les maladies, les pollutions, les guerres, les conflits sociaux, le changement climatique, la faim, la soif et le manque d’air… notre population déclinera à grande échelle. Il y aura malgré tout un échantillon d’hommes et de femmes qui survivront à tout cela, et qui ne seront ni des consommateurs, des industriels, des financiers, des politiques, ni même des militaires, des artistes, des agriculteurs, des écologistes, des philosophes, des journalistes, des juges, des pauvres, des riches, ni des voyous, des fous, des illuminés… Mais des scientifiques qui sont un peu plus intelligents et pacifiques que les autres et qui préparent déjà une issue de secours sur notre belle planète, quelque part (on a plus le temps d’en conquérir une autre, alors…). Le déclin de la démographie humaine, qui en parallèle soulagera la nature du pillage qu’on lui fait subir, se fera comme vous l’estimez entre 2030 et 2100. C’est dômmage car l’Être Humain était bien parti, nous avons pensé et construit des choses magnifiques, mais globalement et en ce momment nous produisons plus de malheurs que de bonheurs… on va le payer cher. En attendant profitons toujours, et surtout ne changeons rien.

    • Vincent Mignerot
      Vincent Mignerot 18/08/2014

      Merci pour votre commentaire.

      Une petite partie de la population survira certainement plus longtemps… mais ce ne seront sans doute pas seulement scientifiques, ceux-ci dépendant de nombreux autres corps de métier et compétences pour simplement suppléer à leurs besoins essentiels. Ceux qui nous survivront formeront peut-être une micro société, mais elle restera composite.
      Votre conclusion par ailleurs rejoint assez exactement celle de mon texte : Ethique et vertu de la vérité – Que pouvons-nous faire ?

      Nous ne pouvons en effet rien faire, toutes les actions que nous croyons positives sont régulées pour que finalement ce ne soit que la complexité physique du système qui en profite, non à terme l’humain puisque sa propre complexification l’entraîne vers d’auto-intoxication dans notre petit système terrestre fermé…

      • Bof
        Bof 18/08/2014

        Bonjour Mr MIGNEROT,

        Merci pour votre réponse, l’échantillon humanitaire qui survivra sur Terre sera effectivement composé de gens compétents. Déjà, certains forment de Micros Etats pour essayer de vivre plus tard détachés du monde et de son fonctionnement actuel. Les revues type “Science et Vie” ont tendance à le confirmer.
        Ceci dit j’ai vu hier le film “LUCY” de Luc BESSON. C’est pas mal aussi dans l’interprétation du sens de la vie et de l’évolution des capacité humaines… le jour ou les scientifiques pourront relier les phénomènes physiques qui régissent l’infiniment grand avec ceux de l’infiniment petit, peut-être que là nous aurons des solutions énergétiques pour nous en sortir.
        Moi, je fais parti des gens qui ne vont rien révolutionner du tout, mais je suis impatient de voir les 20 prochaines années…
        Bien cordialement,

        Mr GERARD

      • Vincent Mignerot
        Vincent Mignerot 19/08/2014

        Je peux éprouver aussi une certaines impatience… néanmoins crispée. Je ne suis pas optimiste sur les capacités de la science à nous permettre de dépasser les contraintes de la finitude de notre environnement et du déterminisme entropique.

        Bien à vous.

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