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Ecologie et totalité

 

Il ne semble pas envisageable que nous parvenions à réduire nos émissions de gaz à effet de serre par anticipation, avant la déplétion des hydrocarbures. Nous n’opérerons jamais aucune transition énergétique, aucune réduction volontaire de notre impact sur l’environnement (lire L’écologie est-elle possible ?).

 

Selon l’équation de Kaya, le niveau de “progrès” (de confort, de sécurité) de l’humain peut être admis comme parfaitement indexé à la consommation d’énergie. Alors proposer de moins émettre de GES en réduisant la consommation de pétrole et de charbon (qui ne peuvent pas être remplacés par des énergies renouvelables sans réduire aussi à terme le niveau de confort global, puisque les énergies renouvelables dépendent de ressources primaires finies pour être mises en œuvre et entretenues) c’est immanquablement proposer de réduire notre niveau de vie… et cela induit un recul dans la compétition existentielle, à l’échelle de l’individu, de la famille, qui sera moins capable de se soigner ou de prendre soin de ses proches et de ses enfants, ou de la communauté : un pays qui réduirait volontairement son PIB reculerait instantanément dans la compétition internationale. Proposer donc de réduire notre niveau de vie signifie demander aux individus et aux peuples de faire des efforts à leur désavantage direct. Pourquoi feraient-ils ces efforts puisqu’ils seraient sûrs d’être perdants ? Même si à terme les efforts auraient protégé l’avenir, la compétition, elle, se joue bien dans l’instant !

À mon sens, toute demande de changement de comportement est porteuse d’un principe totalitaire plus ou moins bien dissimulé : si nous voulons réduire notre impact sur le monde, il faut que tout le monde accepte de réduire son niveau de vie. Tout le monde, car si ne serait-ce qu’une petite partie ne le faisait pas, elle dominerait immédiatement ceux qui auraient fait ces efforts. Dit autrement : la seule solution pour que tout le monde change, alors que c’est un risque adaptatif évident, c’est que quelqu’un ou quelque chose l’impose. Ce quelqu’un ne pouvant pas apparaître parce que la communauté humaine sélectionne préférentiellement les dirigeants qui maintiennent les illusions (non ceux qui en disant le vrai obligeraient à réduire le niveau de confort et de sécurité), celle-ci dans son ensemble procrastine jusqu’à ce que ce soit quelque chose d’extérieur à elle qui fasse un choix total, en l’occurrence les effets délétères de la destruction de l’environnement.

C’est bien la destruction de l’équilibre écologique vital qui va réduire l’activité humaine, parce que nous n’aurons rien changé d’ici là, comme nous ne changeons rien encore aujourd’hui, alors que nous aurions dû changer il y a longtemps.

 

3 Comments

  1. […] Le terme « total » est d’ailleurs parfaitement adapté, nous avons conquis la totalité des territoires dans un environnement fini, ce sont bien des contraintes totales qui vont être à l’œuvre, bien régulées sur la prise de risque, mais qui n’empêcheront pas la souffrance, loin s’en faut (contraintes totales au format de totalitarismes politiques, économiques, écologiques, concrétisées par des privations de tous ordres et inévitables, lire l’article Ecologie et totalité). […]

  2. Matthieu
    Matthieu 28/07/2016

    Bonjour Vincent,
    petite touche ici aussi: L’équation de Kaya en fait ne dit rien de plus que CO2=CO2, en un sens c’est une tautologie qui ne postule rien. Son intérêt est de proposer un découpage qui fait apparaître des index socio-économiques familiers: CO2 = CO2/E * E/GDP * GDP/Pop * Pop
    Ceci dit dans votre deuxième paragraphe, vous pouvez dire sans problème que les statistiques (OCDE, WB ou autres) montrent une corrélation forte entre développement économique et consommation énergétique par habitant.
    Bonne journée !

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