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L’avenir de l’humanité : la paix absolue 2/2

 

Article paix 1/2

 

Death

 
 
 

S’il n’y a pas d’espoir, la guerre est impossible.

 
 
 

Nous ne pensons pas l’avenir avec les bons paradigmes

Alors qu’il ne fait plus de doute aujourd’hui, en toute rigueur, que la fin des ressources et les dérèglements climatiques contraindront de plus en plus fortement l’existence humaine, notre compréhension de la période à venir de réduction du champ des possibles subit un biais cognitif : nous sommes contraints de projeter sur ce qui va arriver (le déclin) ce que nous connaissons du monde d’hier (l’opulence).

Nous continuons à penser le 21ème siècle avec les paradigmes du 20ème, et ils sont caduques. Ils sont faux sur la disponibilité des ressources et nos potentialités de développement (le modèle économique néoclassique des approvisionnements faciles ne tient plus, évidemment), et ils sont faux à propos de la peur… parce que nous n’avons plus les moyens de la guerre !

Autrefois, il était possible de prendre le risque de conquérir, parce que de l’inconnu ou du simple déploiement pouvait surgir le potentiel. Nous savons désormais que nous avons atteint toutes les limites, et les indicateurs montrent bien que nous n’osons plus les conquêtes aveugles. Nous sommes également encore assez prompts à penser que la révolution est possible et que nous pourrons faire tomber les oppresseurs. Mais si nous ne pouvons plus faire la guerre la révolution est aussi compromise, parce qu’il y a vraiment trop peu à gagner.

Déclarer la guerre à un état estimé hostile ou tenter de faire tomber des gouvernants injustes envers leurs peuples ne fait pas apparaître de pétrole ex nihilo et ne fait pas pousser le blé. Les guerres et les révolutions qui ont « réussi » autrefois ont été celles qui trouvaient leur origine dans une répartition mal optimisée des potentialités de développement (non pas des richesses déjà conquises, dont une autre répartition n’aurait rien changé à l’avenir du système). S’il n’y a plus de potentiel, quiconque prend le pouvoir ou y accède sera toujours aussi incompétent que n’importe qui d’autre pour faire vivre ou se développer la communauté qu’il défend.

Si le manque de potentiel peut suffire à expliquer l’apaisement des tensions, nous l’expliquons aussi parfois par le politique, en particulier par l’extension des modèles démocratiques. Mais si la démocratie pacifie le monde, ça n’est peut-être pas pour les raisons auxquelles on pense.

La démocratie n’amène pas la paix parce que ses valeurs sont supérieures à celle d’autres régimes, mais parce qu’elle est le système le plus performant pour asservir l’humain et l’environnement, puisqu’elle optimise une circulation d’information clivée (les peuples des pays démocratiques n’ont pas accès à l’information pourtant irréfutable qu’ils sont, par leur confort, les commanditaires des violences commises de par le monde), et que lorsqu’un problème surgit, personne n’est vraiment responsable, la multiplicité des altérités permettant la décharge complète des responsabilités (lire ESRTV chapitre 4.8). Ce mode de circulation clivé et diffus de l’information dissimule avantageusement les pressions physiques nécessaires au confort de ceux qui profitent de la démocratie, et il en émerge logiquement l’illusion – sincère, mais une illusion – de liberté.

Une fois la démocratie installée (éventuellement, justement, après une guerre), elle est extrêmement difficile à renverser parce qu’il n’y a pas d’organisation de cité plus performante que celle construite sur des illusions, et il n’en est pas d’illusion plus déculpabilisante que celle de la liberté. Croire en la possibilité de pouvoir profiter de tout sans contrepartie, même si dans les faits et globalement cela ne se vérifie pas, cette simple croyance optimise à elle seule la circulation de tous les flux, soustrayant à tout autre mode d’organisation la possibilité de s’établir. Il n’y a pas meilleur consommateur (meilleur commanditaire de l’esclavage et de la destruction de l’environnement) que celui qui se croit libre, et il ôte toute possibilité au monde de se configurer autrement que pour honorer son avidité, aucun autre mode d’emprise sur les ressources étant aussi performant, y compris pour constituer des forces armées.

Par ailleurs, si nous interprétons le monde avec ce que nous avons connu, appris de lui il y a 30 ou 40 ans (à l’école notamment, qui est de surcroît nécessairement toujours en retard sur les faits et pas nécessairement objective) et s’il manque aujourd’hui les ennemis que nous devrions y trouver, nous sommes parfois obligés, quasi par réflexe, de les trouver ou de les inventer… sans quoi il manquerait des représentations aux affects de peurs dont nous avons hérité, et nous serions plus perdus encore !

Mais si dans les faits les ennemis sont moins nombreux et que nous apprenons peu à peu à l’admettre, espérons que nous soyons à la veille de découvrir un monde où les polémistes, les affabulateurs, les paranoïaques, ces individus peu recommandables qui gangrènent encore les médias ne trouveront plus d’auditeurs à leurs fantasmes, parce que nous pourrons tous attester que rien de la réalité ne vient plus étayer leurs désirs, leurs délires de persécution. Le paroxysme contemporain du manquement de la réalité à satisfaire le narcissisme de ces faux rebelles est visible à travers ceux qui sous prétexte de la liberté d’expression promeuvent les pires idéologies, celles en particulier qui visent à réduire la liberté l’expression, ce qui est une escroquerie intellectuelle trop grossière pour ne pas être détectée immédiatement et pour ne pas la fuir sans autre forme de procès.

Les personnages publics, les politiques ou les médias qui utilisent la peur pour se donner de l’intérêt sont peut-être à l’agonie1, leur procès étant gagné d’avance parce qu’aucune de ces peurs ne correspond vraiment à la statistique. Dire cela n’est pas nier qu’il existe de la violence encore dans le monde, c’est ajuster le sentiment à sa réalité, non aux histoires qui se racontent parfois, et il y a manifestement une marge considérable.

En contexte de déclin des possibles, demain même les militants pacifistes pourraient être dépossédés de leur cause… et l’histoire montrerait que ce militantisme pourrait n’avoir été qu’un épiphénomène lié au contexte du développement, ayant moins pour but de promouvoir vraiment la paix, que de mieux accepter que la guerre ait été un temps nécessaire.

 
 

« (…) Et vu que l’esprit humain estime la probabilité d’un événement en fonction de sa facilité à se remémorer des cas similaires, les lecteurs de journaux auront toujours l’impression de vivre une époque dangereuse. »

Andrew Mack / Steven Pinker dans l’article de Slate sur la violence dans le monde.

 

Première partie de l’article : L’avenir de l’humanité : la paix absolue

 

Pour aller plus loin à propos d’une théorie écologique de l’esprit expliquant comment nous percevons l’instant présent et imaginons le futur en fonction de notre expérience passée, ce qui pourrait déterminer nos comportements et impliquerait que nous pourrions ne vivre que l’illusion de la liberté, lire Synesthésie et probabilité conditionnelle, V. Mignerot, Editions SoLo, 2015.

 

theorie de tout mignerot

 
 

1/ Note au 29/09/16 : la réalité politique actuelle réfute ce point. Nos sociétés traversent une période de transition qui précède leur déclin, lors de laquelle le manque de repères et de perspectives invite certains au repli sur soi et au rejet arbitraire de responsabilité sur autrui. Mon espoir tient en ce que la singularité écologique – le moment de l’histoire où il ne sera plus possible de nier la fin du développement de nos sociétés – ne laissera plus de place à l’irrationalité.

 
 
 

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