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COP21 : espérer le changement, pour ne rien changer

 

Grandjean Chroniques de l'anthropocène
Alain Grandjean – Chroniques de l’anthropocène

 

Je travaille sur ce site et dans l’association Adrastia à diagnostiquer les faux espoirs et les assertions non scientifiques concernant la protection de l’environnement. Je relaie le point de vue d’Alain Grandjean sur l’accord COP21 (intégré ci-dessous ou suivre ce lien) en apportant quelques éléments de critique, à développer ou qui sont développés dans les liens hypertextes (je passe les critiques les plus évidentes : accord non contraignant, échéancier beaucoup trop tardif et étendu).

 

– Alain Grandjean confirme que nous sommes sur la trajectoire des 3 °C de réchauffement.

– Les fantasmes sur les nouvelles énergies renouvelables (ENR) sont omniprésents (les voitures électriques pollueraient moins que les thermiques par exemple et aucune mention de la fin des ressources).

– Aucune prise en compte de la chaîne de dépendance des énergies basée sur leur Taux de Retour Energétique (TRE). Toutes les ressources énergétiques dépendent logiquement des plus performantes, si les plus performantes et souples d’utilisation (pétrole et charbon) sont moins disponibles, les autres suivent leur déplétion (regarder la conférence : Les limites du développement : manque d’énergie, fin des ressources).

– Quid du raisonnement qui se mord la queue : il faudrait créer des aides financières pour aider à la transition et à la décarbonation ? Oui mais la possibilité d’investir dans ces aides dépend, par le PIB des pays, de la performance de l’approvisionnement énergétique (équation de Kaya, pourtant utilisée par le GIEC lui-même). En déplétion globale, moins de finance, comment penser alors que nous allons spontanément investir dans des ENR (sauf à la marge en greenwashing) qui intrinsèquement génèreront moins de richesse que les hydrocarbures ? L’argent n’apparaît pas à partir de rien et en période de récession, on n’investit pas dans l’incertain, on protège les acquis. La compétition économique verrouille les bonnes intentions.

– Le principe de non réversibilité n’est pas évoqué par l’accord de la COP. Il faudrait des dizaines d’années pour restaurer les terres agricoles déjà dévastées par nos pratiques, asséchées ou inondées par le réchauffement, et des milliers d’années pour que le climat se stabilise au niveau de perturbation déjà engendré en 2015. Et nous allons encore aggraver les dégâts pendant plusieurs décennies. Nous sommes dans une réflexion “toutes choses égales par ailleurs” alors que nos problèmes sont systémiques et cumulatifs. Il serait même question de retirer du CO2 de l’atmosphère en espérant que le climat se refroidisse – ou se stabilise – d’autant (si nous connaissions déjà ne serait-ce qu’une seule technique efficace)… mais l’inertie climatique est de 40 ans, juste pour la chaleur, sans compter la dissipation dans les flux atmosphériques et océaniques (plusieurs centaines d’années supplémentaires) !

– Il n’a jamais été montré que l’efficacité énergétique réduisait la consommation globale d’énergie (paradoxe de Jevons, connu depuis 1865). Affirmer qu’elle puisse avoir des effets positifs est un raisonnement à rebours (partir d’une conclusion souhaitée et écrire une histoire fausse qui la justifie) qui ne respecte aucun point d’aucune méthodologie scientifique rigoureuse. C’est une croyance (lire À l’attention de M. Jourdain : La vie est un système qui s’auto-organise, l’efficacité énergétique est son essence).

 

Citation de Jean Jouzel, extraite du texte d’Alain Grandjean, après quelques mots sur les “solutions” apportées par les grands industriels (cf. l’exposition « Solutionscop21 » au Grand Palais dont un des slogans absurdes est : “les ENR sont des énergies primaires infinies”) :

“Ce qui a changé fondamentalement, c’est qu’on parlait à Copenhague des solutions mais qu’on ne les entrevoyait pas. Désormais, les renouvelables se sont développés et deviennent compétitifs dans certains pays. Les voitures électriques, dont on souriait parfois, avancent. Il y a un espoir de voir les émissions de CO2 commencer à stagner cette année au niveau mondial, parce que la Chine s’est lancée dans les renouvelables et l’efficacité énergétique. J’espère juste que l’Inde (où les émissions sont en forte croissance) pourra prendre le même chemin que la Chine.”

De mon point de vue, oui, il y aura des ENR, du nucléaire, forcément moins d’hydrocarbures (non par choix, simplement par déplétion), mais comme aucun mix énergétique demain ne sera capable ni de ne plus émettre de CO2 ni de garantir un TRE moyenné suffisant pour maintenir nos niveaux de vie (sans même encore parler de développement) nous allons subir la double peine : un climat fortement détérioré et moins de moyens pour nous adapter.

Cet accord paraît être un autre de ces “espoirs obscurantistes” que nous développons depuis que la protection de l’environnement est venue interroger le développement de nos sociétés. Nous allons nous en servir, plus ou moins consciemment, pour ne rien changer par anticipation, exactement comme nous l’avons fait jusqu’à aujourd’hui. Je fais le pari que la complexité de nos sociétés restera maximale en fonction de leur capacité à générer de la complexité, que leur consommation d’énergie sera toujours maximale en fonction de leur capacité à consommer de l’énergie (lire Les émotions de la thermodynamique).

COP21 n’a réfuté ni les exigences de la compétition existentielle, ni la thermodynamique.

 
 

Pour aller plus loin : Le piège de l’existence, 2015, Editions SoLo

 
 

Alain Grandjean – Climat : 2015, l’année d’un tournant et d’un accord historiques

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2 Comments

  1. Vincent MIGNEROT
    Vincent MIGNEROT 14/12/2015

    Merci beaucoup pour cet article en effet parfaitement complémentaire.

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