Méthodologie universelle : de quoi dépend l’objet ?

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La méthodologie de compréhension du réel proposée par le modèle Essai sur la raison de tout peut se résumer ainsi (ESRTV troisième partie : De la vérité et de son évitement, § 10.2.5) :

 

LA SEULE QUESTION : Au regard des contraintes de la cognition, de l’adaptation et de la compétition humaines, il n’est qu’une seule question à poser pour avancer vers la vérité : de quoi tout objet dépend-il pour exister, au-delà des seuls liens le définissant qui soient favorables à l’existence humaine ?

 

Devenu l’animal aux capacités d’adaptation les plus performantes sur terre, l’humain a dû lors de son apparition optimiser ses capacités cognitives afin de résoudre l’impasse évolutive dans laquelle il se trouvait : désormais capable de profiter des ressources de son environnement au-delà des capacités de cet environnement à réguler son action (ESRTV chapitre 3.4), donc d’assumer à terme les besoins vitaux humains, son esprit a été contraint, afin de maintenir possible l’adaptation, d’apprendre à ne considérer de cet environnement que les interactions favorables et à rejeter, dissocier les effets délétères de son existence.

La capacité offerte à l’espèce humaine de traiter favorablement une partie des informations du réel (de tous les objets et de chaque objet) en en rejetant une autre est la seule qui lui soit exclusive. Toute autre singularité (l’utilisation des outils, la possibilité de communiquer par le langage, la culture, la transmission de cette culture, le rire, les larmes, la conscience de soi…) sont peu ou prou des évolutions de traits comportementaux ou de compétences déjà présentes dans le règne animal (ESRTV 3.4) et probablement chez de nombreux hominidés qui ont disparu, dominés et peut-être éliminés par notre espèce. Les progrès du langage humain, des modalités d’échange et d’emprise sur le réel ont simplement été favorisés par la nécessité de traiter en communauté sélectivement les informations provenant du réel, dans la négociation avec soi et l’autre du rejet ou de l’éloignement de soi-même ou du groupe des effets négatifs de l’action (ESRTV § 4.2).

Mais le traitement sélectif des informations provenant du réel, s’il est la raison de l’originalité évolutive de l’humanité, a une conséquence évidente sur la connaissance de ce réel : elle ne peut être que lacunaire. Elle l’est d’autant plus que la première notion, pourtant intrinsèque à la définition de tout objet, qui soit rejetée est qu’il est lié dans l’instant et historiquement à tous les autres objets de l’Univers. Cette information doit être niée ou contournée efficacement car elle est celle qui porte ce qui empêcherait le progrès humain : toute action de transformation de l’objet a un effet sur d’autres, si cette transformation ne peut être régulée par la vie (si elle ne bénéficie qu’à l’humain) elle lui porte préjudice ainsi qu’à la possibilité de maintenir à terme la vie même de l’humanité.

 

Ainsi, aussi raffiné et subtile soit le langage, si mystérieux soit le phénomène de conscience, si admirable notre talent à manipuler les outils, ce que nous sommes nous coupe nécessairement de notre propre histoire et de l’histoire universelle. Nous sommes ignorants et nous nous posons des questions existentielles vertigineuses, mais cela nous est indispensable, nous serions autrement submergés par l’angoisse – justifiée – que notre action, indubitablement, détruit ce dont dépend strictement notre corps vivant (ESRTV chapitre 6).

 

La question de la vérité a une histoire, ou plutôt une temporalité : exactement celle de l’humanité. Elle n’est possible que si quelque chose n’est pas dit, est dissimulé ou inaccessible (la vérité est cachée d’une façon ou d’une autre), et c’est la fonction première de la conscience que d’effectuer judicieusement ce processus d’évitement des informations que nous craignons. Chercher à atteindre la vérité revient donc à contrecarrer la conscience, à aller à l’encontre de son fonctionnement naturel. Avancer vers la vérité, c’est reconstruire les liens que tissent les objets les uns avec les autres, au-delà de ce que nous en connaissons pour notre intérêt (ESRTV chapitre 10).

La difficulté de cette démarche est que cheminer contre la conscience revient à mettre en défaut le corps physique dans son entier car c’est le pousser à reconnaître que l’individu qu’il fait porte des contradictions existentielles potentiellement insurmontables. Mettre au jour ces contradictions rappelle nécessairement que se déplacer en véhicule motorisé, manger à sa faim des produits raffinés et variés tout au long de l’année ou avoir un téléphone portable met en difficulté – indirectement mais indubitablement – l’espoir de ce corps de pérenniser son existence ou celle de sa communauté d’appartenance à terme, et plus encore d’assurer pour lui-même une descendance protégée, voire simplement viable. L’angoisse qui fertilise l’art, qui questionne les psychanalystes et nous fait dormir mal provient de la cohabitation en un seul corps à la fois individuel et social du progrès adaptatif et de la souffrance connue mais dissimulée qu’il engendre pour ce qui nous a donné vie et nous la permet encore.

Ce que peut l’humain, dont l’animal est incapable et qui vient différencier leur cheminement évolutif, c’est acquérir un avantage adaptatif en oubliant l’ordonnancement optimisé du monde pour le bénéfice de l’ensemble, permettant l’acquisition d’un profit direct et exclusif. La conséquence pour l’humain de son propre talent est l’ignorance du grand ordre universel des choses, le questionnement perpétuel, l’angoissante difficulté de ne pouvoir être soi qu’au prix d’un irréductible insu de soi-même.

 

Qu’en est-il, alors, de la vérité ?

 

Omettre ne serait-ce qu’une infime partie des liens instantanés et historiques de dépendance existentielle qui font l’objet réel ou de pensée est ne pas le connaître absolument, objectivement (lire Méthodologie de la vérité).

 

- L’écologie est-elle possible ? Nous parvenons à considérer qu’un produit peut-être écologique en en tenant pas compte du système qui a permis de le produire (qui est destructeur dans l’instant et dans l’histoire). Nous opérons ce que nous savons faire le mieux lorsque nous bâtissons une maison “Haute Qualité Environnementale” : nous oublions que l’histoire de l’ingénierie du bâtiment qui la précède, la conception, la fabrication, le transport, la mise en œuvre des matériaux de haute qualité que nous utilisons auront bien plus pollué que l’éventuel gain énergétique à venir… et qu’une maison qui ne pollue pas est une maison qu’on ne construit pas, de même que pour ne pas polluer en voiture il ne faut pas l’utiliser (ESRTV § 12.6). Globalement, toute action de défense de l’environnement est contre-productive parce qu’elle dépend nécessairement d’une population qui détruit ou a détruit par ailleurs.

 

- Quel parti propose la meilleure politique ? Quel serait un pays dont l’orientation politique serait unilatéralement orientée vers une seule des options possibles, sans aucune considération de ses opposés (que nous montre l’histoire à ce propos ?) ? L’existence d’un parti ne dépend-elle pas justement de ses contradicteurs, sans lesquels les critères de la distinction n’auraient plus de valeur (voir ESRTV chapitres 4.4 et 4.5) ? L’enjeu de la démocratie n’est-il pas justement de maintenir possible un débat et une alternance afin de créer l’illusion d’une liberté, quand nous constatons mieux aujourd’hui que seuls les impératifs économiques influent sur la possibilité réelle de partage des avantages obtenus par l’exploitation de l’environnement (ESRTV chapitres 4.7 et 4.8) ?

 

- La guerre est-elle nécessaire ? De notre place nous voyons et déplorons le plus souvent la souffrance provoquée par les armes. Avons-nous correctement estimé des bénéfices matériels dont nous profitons et dépendons qui n’ont pu être obtenus que par la force ? Avons-nous accepté que la possibilité même de critiquer la guerre n’est possible que dans une situation de confort matériel et moral obtenue… par la guerre ?

 

Et ainsi pour toutes les problématiques possibles. La question de la dépendance de l’objet suffit à suivre le chemin vers la vérité.

 

Le dernier écueil auquel sera toujours confronté l’esprit humain est constitué des limites de ses capacités mentales. Il est sûr que personne ne parviendra à connaître tous les liens définissants d’un objet, quel qu’il soit, ce qui reviendrait à faire tenir l’Univers entier dans un esprit, à toutes les échelles d’espace et de temps. C’est pour cette raison qu’Essai sur la raison de tout travaille non pas à reconstituer les liens eux-mêmes mais les lois auxquels ils sont soumis et qui régissent toute organisation, pour tous les objets possibles.

 
 

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