Press "Enter" to skip to content

Origine d’une totalité

 
 
 

“Rien dans l’intelligence

qui ne soit passé par nos sens.”

Aristote

 
 

Cosmos et heuresthésie
Image d’artiste du cosmos

 
 

Les synesthésies sont des perceptions pures, correspondant au premier traitement de l’information issue du monde réel. N’étant pas interprétées par la conscience, elles informent du monde tel qu’il est, non tel qu’il doit être pour l’intérêt de l’individu.

Heuresthésie : possibilité d’accéder, par la perception et sans exercice d’un contrôle conscient ou volontaire, à une connaissance ou une compétence objectivable.

 

Aristote avait raison, rien de ce que nous connaissons, pensons, imaginons, aussi élaboré et raffiné que cela soit n’a pu être acquis autrement que par l’entremise de nos sens. Les objets du monde (et les paroles, et les écrits) ne peuvent atteindre notre esprit qu’en ayant été vus, touchés, entendus, sentis, ressentis… et la perception, ce premier niveau d’intégration de la réalité, possède ses propres caractéristiques, son propre langage, qui ne sont pas ceux de notre raison ni de notre conscience.

L’étude menée par le Projet Synesthéorie envisage de mieux comprendre en quoi les synesthésies (associations involontaires, permanentes et irrépressibles entre les différentes modalités sensorielles, affectives et cognitives) seraient une forme d’accessibilité consciente à ce premier niveau de perception à partir duquel tout ce que nous sommes se construit, s’élabore, se module dans l’instant et la permanence.

Essai Sur la Raison de Tout n’est pas, pour moi, seulement un texte, une suite d’arguments, des propositions bien articulées. Il se présente en moi tout autant en pensée qu’en formes, figures colorées disposées spatialement au sein de cet “espace extrapersonnel” qui nous entoure chacun sans que nous y portions une attention particulière. A la fois chaque argument et la totalité de ceux-ci se donnent à voir en trois dimensions, et les éléments de pensée s’articulent les uns avec les autres autant par leur logique intrinsèque que par l’image qu’ils construisent lorsqu’ils sont pensés. Lors de l’écriture de l’Essai Sur la Raison de Tout, j’ai tout autant été guidé par la nécessité de construire une bonne argumentation que par celle de recomposer le tableau le plus esthétique possible, sans faille dans le graphisme, sans lacune entre les motifs.

La possibilité de “voir ses pensées”, même les plus abstraites est répertoriée et documentée par la science (voir ce lien et ces références), et environ 4 pourcents de la population générale vit des associations sensorielles multimodales conscientes, sans que cela soit associé à aucun trouble de la personnalité. Cependant, si la plupart du temps ces associations passent inaperçues (un synesthète ne devine pas spontanément que les autres ne fonctionnent pas comme lui), elles peuvent parfois influencer la pensée, voire l’aiguiller et lui donner sens. De nombreux auteurs et personnalités aux talents multiples ont témoigné avoir été inspirés par leur perception : il s’agit alors d’une expérience heuresthésique.

Essai Sur la Raison de Tout, sous des apparences “froides”, purement “analytiques”, ne se détache à aucun moment de la manifestation pragmatique des ses arguments. Si une suite d’idées ne me procure pas elle-même un sentiment intérieur d’équilibre et ne dessine pas un paysage harmonieux, je suis sûr qu’elle est fausse et qu’il me faut la modifier. Mon travail d’écriture ne suit rien d’autre que les images et les émotions que les concepts font naître en moi. Je suis sûr d’ailleurs que si ce phénomène est exacerbé dans mon travail, il sous tend la créativité de tout un chacun, sans peut-être que son intensité soit aussi forte ou aussi intelligible. Monsieur François Dagognet d’ailleurs a perçu à la lecture d’Essai Sur la Raison de Tout ce mouvement créateur et il l’exprime ainsi :

 

(…) « c’est souvent original et solide », « Votre travail très aigu et aiguisé attend un développement qui le rendrait plus accessible. Ça serait facile pour vous car on sent la passion sous cette logique analytique. » « Mais je reconnais votre souci d’organiser les ensembles, de les reprendre et de les structurer – en vue d’une complétude sans faille et sans manque. »

 

Je reprendrais aussi les propos de Pierre-Jean Vazel (Entraineur d’athlétisme diplômé des Beaux-Arts, passionné de statistiques et blogueur pour LeMonde.fr), qui exprime très bien le sentiment “d’obligation créatrice”, qui est aussi à l’origine d’Essai Sur la Raison de Tout. Son amour des chiffres, son besoin de maîtriser les émotions qu’ils suscitent en lui, la recherche d’une harmonie intérieure retrouvée par le plus bel agencement possible des valeurs numériques correspondent assez exactement à mes propres besoins d’équilibrer et organiser les concepts. Pierre-Jean Vazel  cherche à “ordonner le désordre ambiant” (les statistiques éparses qu’il a pu collecter dans différentes bases de données de par le monde). “Si je me trompe de chiffre, c’est ma perception de l’image qui s’en trouve faussée. Ce n’est pas possible.” “Sinon il y a un malaise par rapport à l’image, ça colle pas du tout”.

Peut-être est-ce là ce qui sera le plus difficile à entendre pour qui ne connaît pas l’influence d’une omniprésente perception du réel associée à la conceptualisation de ce même réel qui, je le suppose, se fait habituellement “in abstracto”, dans la pensée, loin du corps, loin de sa totalité. En outre, de la même façon que les synesthésies sont irrépressibles, qu’elles contraignent à les suivre pour maintenir ou retrouver l’équilibre intérieur, penser en fonction d’elles oblige à ne pas pouvoir choisir la direction de sa pensée. Le travail d’écriture s’est fait sans préconnaissance du contenu, et je n’en ai pas choisi les conclusions.

 

Essai Sur la Raison de Tout semble bien correspondre à la définition de l’heuresthésie que nous avons donnée. Son inspiration dépasse la simple volonté de comprendre ou interpréter le monde, sa cohérence provient de manifestations perceptives et cognitives en amont de la conscience de soi. La production est pourtant admissible dans le cadre traditionnel de l’étude et de l’épistémologie.

 

Pour en savoir plus sur les synesthésies et leurs apports dans l’acquisition des connaissances, visitez le site du Projet Synesthéorie.

 

Si l’Essai Sur la Raison de Tout ne parle que de totalité, c’est sans doute parce que la raison circonscrit, divise, conflictualise et que la perception lie, relie, réunit, et que c’est elle qui en est la source inspiratrice.

 

Vincent Mignerot.

 
 
 

4 Comments

  1. Ethique de la raison de tout
    Ethique de la raison de tout 13/09/2012

    […] écrire, je n’avais pas idée du résultat que j’allais obtenir. J’ai suivi les indications de mes sens, de mon expérience, pour poser sur le papier ce qui allait devenir  »un modèle de […]

  2. Solitude, angoisse universelle et fin du monde
    Solitude, angoisse universelle et fin du monde 10/04/2013

    […] Origine d’une totalité […]

  3. pauvre enfant
    pauvre enfant 17/03/2014

    En parlant du “Tout”, je suis fasciné comment notre sens de la vue transforme aussi bien la réalité physique de la lumière, qui est d’onde linéaire, dont nous ne percevons qu’une zone de fréquence de l’ultra violet à l’infra violet ( Rouge normalement). Et nous en faisons un cercle chromatique parfaitement fermé qui nous donne à voir une réalité pleinement coloré, sans invisible. Rien qu’avec la vue, l’homme s’enferme dans un tout fini ou le bleu du violet rejoint le rouge foncée dans une belle continuité.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Translate »