Un texte heuresthète

Pour en savoir plus sur les synesthésies et leurs apports dans l’acquisition des connaissances, visitez le site du projet synesthéorie.

Les synesthésies sont des perceptions pures, correspondant au premier traitement de l’information issue du monde réel. N’étant pas interprétées par la conscience, elles informent du monde tel qu’il est, non tel qu’il doit être pour l’intérêt de l’individu.

Je reprendrais les propos de Pierre-Jean Vazel, qui exprime très bien le sentiment « d’obligation créatrice », qui est aussi à l’origine de mon essai. Son amour des chiffres, son besoin de maîtriser les émotions qu’ils suscitent en lui, la recherche d’une harmonie intérieure retrouvée par le plus bel agencement possible des valeurs numériques correspondent assez exactement à mes propres besoins d’agencer et organiser les concepts. Pierre-Jean Vazel  cherche à « ordonner le désordre ambiant » (les statistiques éparses qu’il a pu collecter dans différentes bases de données de par le monde). « Si je me trompe de chiffre, c’est ma perception de l’image qui s’en trouve faussée. Ce n’est pas possible. » « Sinon il y a un malaise par rapport à l’image, ça colle pas du tout. » (voir la vidéo à 3 minutes 15). Peut-être est-ce là ce qui sera le plus difficile à entendre pour qui ne connaît pas l’influence d’une omniprésente perception du réel associée à la conceptualisation de ce même réel qui, je le suppose, se fait habituellement « in abstracto », dans la pensée, loin du corps. Essai sur la raison de tout, sous des apparences « froides », purement « analytiques », ne se détache à aucun moment de la manifestation pragmatique des ses arguments. Si une suite d’idées ne me procure pas elle-même un sentiment intérieur d’équilibre et ne dessine pas un paysage harmonieux, je suis sûr qu’elle est fausse et qu’il me faut la modifier. Mon travail d’écriture ne suit rien d’autre que les images et les émotions que les concepts font naître en moi. Je suis sûr d’ailleurs que si ce phénomène est exacerbé dans l’écriture de mon essai, il sous tend la créativité de tout un chacun, sans peut-être que son intensité soit aussi forte ou aussi intelligible. Monsieur François Dagognet d’ailleurs a perçu à la lecture ce mouvement créateur et il l’exprime ainsi :

(…) c’est souvent original et solide », « Votre travail très aigu et aiguisé attend un développement qui le rendrait plus accessible. Ça serait facile pour vous car on sent la passion sous cette logique analytique. » « Mais je reconnais votre souci d’organiser les ensembles, de les reprendre et de les structurer – en vue d’une complétude sans faille et sans manque.

Essai sur la raison de tout semble bien correspondre à la définition de l’heuresthésie que nous avons donnée. Son inspiration dépasse la simple volonté de comprendre ou interpréter le monde, sa cohérence provient de manifestations cognitives en amont de la conscience de soi. La production est pourtant admissible dans le cadre traditionnel de l’étude et de l’épistémologie.

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